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Rencontre avec Jean-François Labit

samedi 14 septembre 2019, par Emilie TROMEUR.



Qui êtes-vous ?

Je suis musicien-compositeur, infirmier psychiatrique diplômé en 1980. Puis musicothérapeute clinicien (Formé à P. Valéry Montpellier de 1986 à 1989) depuis 1990 en Centre Hospitalier Spécialisé Psychiatrique, chargé de cours dans les IFSI et autres organismes de formations, Thérapeute familial et systémique (diplômé en 1999). Je suis également Vice-Président du Comité d’Ethique au Centre Hospitalier Sainte Marie Rodez.

Qu’est-ce que la musique représente pour vous ?

La Musique est un univers de vibrations, de pulsations, de couleurs sonores qui nous environnent et dont nous les humain,s tentont de créer, construire des choses pour prendre plaisir, communiquer, transmettre. La musique est vecteur de croissance et d’évolution...

Et si vous deviez décrire la musique en 5 mots, quels seraient-ils ?

Ensemble de VIBRATIONS, PULSATIONS, RYTHMES, HARMONIES susceptibles de nous NOURRIR. Par exemple, nos origines in utéro, avant même notre naissance : "le son existe bien avant le verbe..."

Pourquoi la musique ?

La musique est un univers énergétique qui peut stimuler toutes les sphères de l’être humain quelles soient physiques/psychiques et mentales ou encore spirituelles. La musique s’adresse à l’affect, à l’émotionnel, au psycho-affectif, au corps. Elle ne peut laisser indifférent celui qui s’en sert...
La musique et l’Homme ont un point commun : la vie qui se déroule. Vibrations+pulsations = phénomène vivant. Si rien : mort/silence/néant.

Quelles sont vos inspirations, vos « coups de coeur » ?

Très variées, elles dépendent de mes états d’âme, du contexte, des rencontres, de mes vibrations internes, du désir d’écoute... Les coups de coeur sont sans limite cela peut aller du jazz au classique en passant par le vocal et l’électro acoustique.

Quelle place tiennent les émotions dans votre pratique ?

Majeure, l’émotion et le travail sur les ré(ai)sonnances sont des process précieux pour analyser nos choix en thérapie et réfléchir à nos projets thérapeutiques. La quête d’émotions liées à la musique est aussi une manière de cultiver le vivant.

Quelles qualités un musicien doit avoir pour devenir thérapeute ?

Empathie, qualités d’accueil, d’écoute et bienveillance, connaissances en psychopathologie et clinique, bonne connaissance des techniques thérapeutiques utilisées, connaissances scientifiques et en neurosciences, expérience personnelle d’un parcours de type psychothérapique ou analyse. Pour comprendre et prétendre aider les autres, encore faut-il se connaitre soi-même.

Quel est votre parcours musical ?

Dès l’âge de 15 ans, je pratique le clavier et le chant dans divers groupes ou orchestres (pratique du clavier à l’âge de 6 ans en autodidacte puis cours de piano à 10 ans) aux conservatoires de Montpellier et de Rodez. Je joue de claviers-synthés, piano, accordéon, harmonica et pratique très assidument le chant.

Comment utilisez-vous l’outil « son » dans votre pratique professionnelle ?

Cela dépend des indications, du projet thérapeutique et des attentes du patient. Mes domaines d’expertise en musicothérapie sont les techniques réceptives en préalable à la psychothérapie. Souvent pour les névroses, un énorme travail détente et relaxation à partir du montage en "U" avec les consultations pour le centre antidouleur et cancérologie et autres services (gastro/neuro...).
En musicothérapie active, souvent en groupe, je travaille sur tous les troubles de la communication et surtout le développement des habiletés psychosociales. Les techniques actives offrent de vraies expériences de partage, de vie, de dynamique psychocorporelle qui sont autant de leviers pour stimuler le vivant.
En Musicothérapie, ce qui me parait majeur, c’est l’élaboration d’une réponse musicale adaptée pouvant servir de levier dans le travail thérapeutique. D’où l’intérêt que le praticien soit ouvert à plein de techniques et connaisse divers chemins pour accompagner les patients en demande.

Quelle(s) a(ont) été votre(vos) expérience(s) la(les) plus marquante(s) ? Pourquoi !?

Mes débuts en 1990, quand j’ai commencé à développer la musicothérapie en externe, en centre psychothérapique pluridisciplinaire, sur le département de l’Aveyron, le développement du réseau avec les médecins généralistes et partenaires du CHS.
Faire découvrir une technique alors inconnue, faire entendre que la musique ce n’est pas que pour la fête et la rigolade mais que cela a d’autres vertus. Sculpter son "outil", affiner les indications pour pouvoir en parler aux professionnels.
Ma rencontre avec mes premiers patients et la création d’un modèle d’intervention, les premiers retours positifs et enfin les ouvertures, la reconnaissance de mes pairs après de très nombreuses années de travail laborieux. Ce qui explique que l’on trouve peu de musicothérapeutes cliniciens en France ; beaucoup n’ont pas pu se développer.
J’ai pour preuve les nombreux contacts que j’ai dans ma région de jeunes qui galèrent pour avoir à peine un smic. Parfois, j’aimerais mettre à disposition mes expériences professionnelles et cliniques au service de la Fédération Française de Musicothérapie mais je crains d’avoir des doutes sérieux sur l’avenir de ce métier. Peut-être parce qu’en 30 ans, je n’ai rien vu bouger sauf quelques forces vives de manière isolée.
Si toute fois de jeunes talents, comme vous, ont besoin de mon soutien, je serai là pour vous !
Pour terminer, je voudrais partager avec vous mon vécu de compositeur après la sortie du troisième disque "Musique et Thérapie" pour une meilleure gestion du Stress. Quand les musicothérapeutes s’adressent à moi, il n’y a jamais en premier une curiosité, une envie de découvrir et d’écouter les dispositifs proposés. D’emblée, ce sont des critiques sur la bande en U qui doit être personnalisée... Ces comportements fermés, sectaires m’ont trés souvent interrogés : comment peut-on accueillir la différence lorsque l’on est intégriste-fermé ? Une qualité pour être thérapeute se situe dans l’ouverture, certes le sérieux. Mais avant de rejeter une proposition de soins, un dispositif, encore faut-il en avoir pris connaissance.
Je voudrais terminer cet échange par la nécessité de l’ouverture et de stopper les guerres de chapelle qui nuisent gravement à l’évolution et à la reconnaissance du métier de musicothérapeute. Je nourris l’espoir que des jeunes comme vous saurons trouver la note juste pour créer l’harmonie.

Le mot de la fin vous appartient...

"La Vie sans Musique serait absurde" disait Nietszche. Je partage cette idée !